La rencontre de deux baroudeurs, hors du temps…
On ne sait pas vraiment comment ça lui est venu. Ça a débuté comme ça, au détour d’un fantasme onirique que ses musiciens ont voulu partager.
A l’ouest, un fou de théologie persécuté par des aînés trop jaloux pour lui accorder la consécration. A l’est, un ethnologue que sa haine des tyrannies va contraindre à l’exil. Jean Sébastien Bach longe la berge d’un pas décidé. Il n’en est qu’à la moitié de son périple. 200klm qu’il use ses souliers pour entendre l’illustre Bruxtehude jouer de l’orgue. Le jeune homme s’allonge sur l’herbe fraîche, des musiques plein la tête. Au loin se dessine la silhouette d’un inconnu, celle de Bela Bartok, sillonnant la Hongrie le long d’un Danube intemporel, en quête des accents sauvages qui enrichiront sa musique.
L’improbable rencontre de ces deux baroudeurs, hors du temps, décloisonne les genres et incarne l’impossible recherche de la base et du sommet dans laquelle s’est engagée Nathalie Marin à l’occasion de ce programme.
Tandis que nous possédons toute une série de concertos pour violoncelle de Bach, il n’y en a que trois pour violons qui nous aient été transmis : les concertos en la mineur, en mi majeur et le concerto pour deux violons.
Ces concertos ont été composés entre 1717 et 1720 à Côthen où Bach remplit, de 1717 à 1723, les fonctions de chef d’orchestre et de directeur de musique de chambre du Prince Léopold d’ Anhalt. En ce qui concerne leur forme, ces pièces s’en tiennent à leurs modèles italiens, en particulier à celui de Vivaldi, reprenant la composition en trois mouvements consécutifs rapide-lent-rapide.
Bach, cependant, relie le principe du concert baroque avec des instruments solos et un orchestre à cordes à une concentration de la facture thématique, résultant d’une conception polyphonique de la composition, étrangère aux compositeurs italiens, du moins dans la rigueur telle qu’on la rencontre ici chez le compositeur allemand.
Le Divertimento de Bartok fut écrit pendant l’été 1939, au cours duquel Bartok pût créer dans la solitude à laquelle il aspirait.
« Un véritable instant de bonheur ! » déclarait-il à propos de ce divertimento, commandé par Sacher et dédié à son orchestre de chambre de Bâle, qui en assura la création le 11 juin 1940.Allègre et détendue, la partition, qui prolonge à maints égards la tradition du concerto grosso (solistes et ensembles) se déroule en trois mouvements rapide-lent-rapide, soit Allegro non troppo, Molto adagio, Allegro assai.
On notera la virtuosité d’une cadence réservée au violon solo, à la manière tzigane. L’élan de la vie s’impose, en une sorte de tourbillon plein de fantaisie. Quelques mesures en pizzicati précèdent l’irrésistible coda, vivacissimo. L’œuvre, qui ressuscite parfois l’esprit d’un Haydn, exige tout le brio dont puisse faire preuve un orchestre de solistes. Toutefois, les virtuosités de l’écriture ne doivent jamais s’imposer, dans le jeu instrumental, au détriment d’une spontanéité un peu rude, toute paysanne, hautement revendiquée par le compositeur.