Aller écouter un opéra ou un concert de musique dite classique n ‘est pas une démarche facile. Les spectacles vivants ne font malheureusement pas partie intégrante de la vie des lycéens. Le répertoire leur semble difficile à aborder. Les lieux de diffusions culturels ne leur apparaissent pas accessibles. Et pourtant bien des démarches afin de faciliter l’ accès aux spectacles sont faites.
Pourquoi ne pas inverser les rôles ? Inviter les artistes à investir l’ environnement quotidien des jeunes : leur lycée; désacraliser l’ opéra, briser quelques barrières ...
Les élèves au contact direct des artistes, découvrent le monde du spectacle. Ils se familiarisent avec la musique. Elle peut alors devenir une source d’évasion, un moment de détente entre deux cours, l’occasion de rencontres.
Au delà de l’initiation à un répertoire et par conséquent d’une certaine ouverture culturelle, la confrontation avec un monde totalement différent apporte des éléments essentiels à l’éducation des jeunes, et plus spécifiquement sur le plan pédagogique, dans les méthodes et la relation à l’étude et au travail.
La réalisation est possible si le corps enseignant et les artistes sont disposés à tenter l’aventure. Les musiciens sont bien souvent réticents. Ils travaillent "en famille" dans l’intimité. Les répétitions sont des moments de recherche où l’on est parfois fragilisé, où peuvent survenir des rapports conflictuels ou passionnels. Le spectacle en est l’aboutissement. Une présence "intruse" lors d’une répétition dérange, inquiète, peut même influencer l’interprétation. Fidèle à sa volonté de faire partager la musique à un plus grand nombre et surtout à un public nouveau, l’équipe de l’Ensemble Orchestral de l’Isère a tenté cette expérience inédite.
Les œuvres : La serva padrona / le téléphone Ces deux opéras bouffes sont séparés par deux siècles mais comportent pourtant bien des similitudes. Tout d’ abord l’utilisation d’une formation orchestrale de chambre : un ensemble à cordes et un continuo pour Pergolesi, quelques vents supplémentaires pour Menotti, comme un orchestre de café. Le piano (ou épinette chez Pergolèse) accompagne les récitatifs et symbolise également les interlocuteurs téléphoniques de Lucy. L’orchestre en formation de chambre se rend pleinement complice des personnages et peut ainsi servir leur jeu scénique. Deux solistes de même registre : soprano et baryton. Un troisième personnage, Vespone, muet dans la serva mais au centre de l’intrigue, et le téléphone avec ses incessantes sonneries chez Menotti au centre de l’intrigue également ... L’ écriture musicale de nos deux compositeurs s’épanouit dans un esprit de légèreté et de fraîcheur. Ces deux opéras bouffes sont plein de gaîté, d’humour et de spontanéité. La serva padrona de Giambattista Pergolèse Le célibataire Uberto enrage d’être mal servi et peste contre sa servante Serpina qui tarde à lui apporter son petit déjeuner et surtout, décide de ses moindres faits et gestes. Celle-ci n’a aucune peine à l’amadouer. Uberto s’attendrit sur Serpina qu’il a recueillie toute petite et qui est véritablement devenue la maîtresse de maison. Lorsque le maître annonce son intention de se remarier, Serpina convainc Vespone le domestique muet, de passer pour son prétendant. Déguisé en un certain capitaine Tempête, il devient très menaçant et laisse entendre à Uberto qu’il exigera une forte dot, à moins que Uberto se décide à épouser lui même Serpina. Il n ‘en fallait pas temps pour convaincre le maître. Sous la crainte mais aussi par amour , il accepte d épouser Serpina. Le téléphone ou l’amour à trois de Gian Carlo Menotti Lucy, jeune et jolie, passe le plus clair de son temps à bavarder au téléphone. Ben, son amoureux, vient lui rendre visite : il doit partir en voyage dans l’heure qui suit et souhaiterait lui demander sa main. Or, chaque fois qu’il commence à parler, il est interrompu par une sonnerie téléphonique. C’est d’abord une certaine Margaret qui appelle, on entend alors un air "à cocottes" où la soprano dialogue avec le piano- représentant ici la voix de la correspondante. Puis, nouvelle interruption, cette fois c’est Georges, un flirt, qui fait à Lucy, une querelle téléphonique. Bien évidemment, Lucy appelle immédiatement une de ses amies pour lui raconter sa dispute. De sorte que Ben, voyant l’heure de son train s’approcher, choisit la solution qui s ‘impose: profitant de ce que Lucy est encore occupée au téléphone, il quitte l’appartement et, une fois dehors, téléphone à Lucy. Enfin, il peut lui parler ! L’acte s’achève sur un duo téléphonique où Lucy fait une dernière recommandation à son amoureux : qu’il n’oublie pas...ses yeux ? Ses lèvres ? Non , son numéro!